(A lire jusqu'au bout pour les curieux, ceux qui savent qu'il ne faut pas se fier qu'au début d'un texte ! )
Toujours beau, sauf quand il pleut ! Et généralement, c'est le mercredi qu'il pleut !
Et quand ce genre de jour arrive, t'as aucune raison d'être de bonne humeur !
Déjà parce que ce jour là c'est mercredi, et mercredi c'est le jour où tu te tape 6h de dessin avec juste une heure de pause pour manger...
T'arrives en cours pour 9h, passage vite fait à la boulangerie pour acheter des croissants et des pains au chocolat (ouais, t'as mangé le matin mais ça empêche pas que t'as déjà faim... !), tu sens les premières gouttes qui tombent, tu vois un éclair, t'entends le tonnerre...c'est bon, la journée est fouttue !
Ça commence à 9h, et ça s'arrête pas de la journée...donc évidement, quand tu finis à 16h, bah faut sortir sous la flotte.
Ah oui, faut préciser que le matin en partant de chez toi t'es pas arrivée à retrouver ton parapluie dans le bordel de ta chambre (c'est bien connu, ta chambre est exceptionnellement bien rangée...) du coup t'es parti sans paraflotte...bah oui, c'est plus marrant comme ça !
Le temps d'atteindre le portail pour sortir, t'es trempée.
Le Cours Mirabeau s'est transformé en rivière.
T'as froid. Ton jean te colle aux cuisses. Tes chaussures se sont déjà transformées en piscines miniatures. Ta veste est tellement mouillée que tu peux essorer les manches et en sortir 3litres d'eau. Certaines gouttes te coulent dans le cou, dans la nuque, le long de la colonne vertébrale. Tes cheveux donnent l'impression que tu sors de la douche.
T'esquive les flaques (du moins tu essayes... !) tu regardes avec envie les gens qui ont, eux, trouvé leur parapluie ce matin (ça doit être super bien rangé chez ces gens là ... !) et tu compatis avec les bordeliques comme toi qui n'ont pas de parapluie.
Et d'un coup, tu croises un mec. Un mec que t'as jamais vu, que t'aurais jamais vu si il pleuvait pas à ce point, et que tu reverras jamais.
Vous vous regardez, trempés tous les deux. Toi t'as une goutte qui est quand même arrivée à se fouttre dans ton ½il, ça pique, t'y vois plus rien. Lui il s'essuie le visage (trempé) avec sa manche (trempée).
Vous vous souriez. « J'aime trop aujourd'hui ! Franchement, j'adore ce temps ! »
Vous riez.
Trois, cinq secondes peut être. Pas plus. Juste trois mots échangés en panique, et chacun repart dans sa direction, en souriant.
Tu continues ta route, les gens te regardent encore plus bizarrement que d'habitude.
Eh ouais, une fille qui sourie sous la pluie, c'est rare !
T'arrives du côté de la piscine, et t'entends quelqu'un qui court derrière toi, puis une main sur ton épaule...Une jeune Asiatique, toute souriante elle aussi, sous son parapluie, qui te fait comprendre, dans un joli mélange de Français et d'Anglais avec un accent Asiatique, que si tu acceptes pas de t'abriter sous son parapluie avec elle, elle va mal le prendre... !
Tu restes con, tu te dis « Oh purée, des gens comme ça on en voit plus ! »
Vous marchez toutes les deux, serrées sous le parapluie, slalomant entre les flaques.
Tu souries encore plus. Tu te dis que décidément, malgré cette pitain de pluie, t'arrives pas à être de mauvaise humeur !
Votre chemin se sépare sur le parking de la piscine, sur lequel elle te propose de l'attendre pendant qu'elle va chercher sa voiture un peu plus loin, pour te raccompagner chez toi.
Non, merci, vraiment merci, mais ça ira. Faut pas abuser non plus, tu vas lui tremper sa voiture peuchère !
Donc t'arrive enfin chez toi...à peine dans l'entrée, hop, à poil.
« Trempée » est un faible mot ! On t'aurait jetée à l'eau toute habillée ça aurait été pareil !
Même ton soutif est mouillé! Juste le temps de te sécher, te changer, étendre tes fringues, et c'est reparti, direction la piscine du Jas, en scooter cette fois...
Les gouttes dégoulinent sur le dos de Seb, le long de son ciré trop fashion fashion, et atterrissent entre tes jambes. Super agréable.
Vous arrivez la piscine, il fait plus froid que jamais. Heureuse d'être enfin dedans, l'humidité chaude des vestiaires et du bord du bassin te semble presque agréable, rassurante. Ça pue, mais au moins il fait chaud.
A peine le temps de te réchauffer un peu pendant que les minots nagent, de partager une pomme de façon très équitable avec ton entraineur que hop ! C'est à toi de retourner te mouiller.
Tu nages. Tu fermes ta gueule pendant tout l'entrainement, tu râles pas, pour une fois. Faut dire que t'as tellement de choses dans la tête que t'as pas le temps de penser à faire la lourde... !
20h, ça y est, fini pour toi. Fini, mais t'es pas encore partie hein ! Encore une heure à attendre, sinon tu rentres à pieds !
N'importe qui pourrait se plaindre et vouloir rentrer se reposer chez lui. Pas toi.
T'es bien ici. Tu te sens...apaisée, à l'abri.Tu regardes les gens nager. T'aimes bien les observer. T'essaye de te mettre à leur place, et tu te rends compte que malgré toutes ces années passées à nager, t'arrives pas à imaginer ce que les autres peuvent ressentir quand ils nagent...Tu pars dans des pensées carrément tordues.
Des images remontent. Tu revois une petite fille, en face de toi, à l'autre bout du bassin. Une petite fille et sa maman, qui attendent le frère ainé qui est entrain de nager. La maman travaille. La petite fille mange un paquet de chipster qu'elles ont acheté au supermarché avant de venir. C'est ici que la petite fille a fait les bébés-nageurs quelques années plus tôt, et elle ne se doutait pas que presque 13 ans plus tard elle serait encore dans cette piscine...
Des mauvais souvenirs aussi...des entrainements de début de saison, entrainements tout sauf agréables...des kilomètres avalés pour se remettre « en forme »... »en forme », tu parles...Puis tu regardes juste devant toi. Un jeune homme entrain d'entrainer l'handisport..
T'aimes bien l'observer lui aussi. C'est marrant. Il est patient avec ses nageurs, très patient. Tout le contraire de toi.
C'est trop tout ça, tous ces souvenirs, depuis ces soirs que tu passais avec ta mère au bord de ce bassin jusqu'aux événements de ces deux dernières années. C'est trop pour toi. T'as les yeux qui picotent, et c'est pas à cause du chlore. Si tu te retiens pas, ton débardeur va être trempé, et cette fois ça sera pas à cause de la pluie...Vite, prends le livre que t'as pris avec toi. Lis. Essaye de lire. T'y vois rien ? Normal.
21h. Fini. « Bouge toi, le match a commencé. » C'est pas toi qui veut voir le match hein... !
Direction la bouffe, sous la pluie évidement, sinon c'est pas marrant ! Vous avez des surgelés Picard à la place des mains, tu te prends encore une goutte dans l'½il, ça pique.
Mangeeeeeeer !
Moment sérieux pendant le repas, quand vous abordez la question du « Tu vas faire quoi... ? Tu vas le suivre?» Wow wow wow...du calme...
Ça te fait bizarre, t'es quand même un peu gênée de parler de ça avec lui, puis tu te dis qu'il est sûrement la personne la mieux placée avec laquelle tu peux en discuter. Après tout, t'oublies pas qu'à la base c'est eux qui se connaissent depuis des années, et que toi tu t'es juste mise au milieu.
Bref...Une paire de chaussettes sèches, et bonne nuit tout le monde !
(Les Marseillais ils sont un peu nuls quand même hein ! :-P )